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L’appartement – Partie 10

Amor.

Le mot sonnait tellement doux dans sa bouche. Tout en rondeur. En musicalité.

Un unique mot, deux syllabes et, malgré les milliers de kilomètres qui nous séparaient, il avait réussi à faire grimper d’un seul coup la température de plusieurs degrés.

Amor.

En ce qui me concernait, je commençais, avec un sens du romantisme nettement moins développé, la plupart de mes emails par “Coucou mon écrevisse des rivières”,  “Bonjour mon alouette des sous-bois”, ou un dérivé incluant un petit animal mignon dans son écosystème. 

Néanmoins, l’appeler ainsi au téléphone me paraissait ridicule au possible.

Certes, j’aurais pu tenter un “Hello ma petite salamandre des grottes slovènes”, mais j’ai opté, après un instant de silence, pour un simple :

— Coucou.

Clair. Sobre. Efficace.

Je l’ai entendu sourire. Je me suis imaginé son visage, les petites rides d’expression au coin de ses yeux, que je trouvais tellement craquantes, sa barbe de quelques jours, ses cheveux relevés en chignon.

— Tu mettrais la vidéo ? ai-je demandé. J’ai envie de te voir.

Quelques secondes plus tard, son visage est apparu sur mon écran, encore plus charmant que dans mes souvenirs. Ses traits me paraissaient bien plus détendus que les trop rares fois où l’on s’était vus. Vêtu d’une chemise légère à manches courtes, dont les premiers boutons étaient ouverts, dévoilant beaucoup trop de peau pour que je demeure impassible, il était installé dans un hamac, sur ce qui ressemblait à une terrasse ombragée.

J’ai jeté un œil par la fenêtre de ma chambre d’enfance, celle que je retrouvais quand je rentrais chez mes parents pour les week-ends et les vacances. Dehors, il faisait nuit et des gros flocons virevoltaient dans le halo d’un lampadaire.

J’avais un peu de difficulté à concevoir Noël dans l’hémisphère sud, par trente degrés, entre palmiers et bananiers. Pourtant, c’était bien là qu’il était. Quelque part non loin de Rio de Janeiro, dans la maison de ses grands-parents.

— Tu passes un bon Noël ? ai-je demandé.

— Parfait. Et toi ?

— Aussi. Même si… tu me manques…

— Também estou com saudades de você.

— Je comprends rien à ce que tu racontes, mais tu peux sans autre continuer à me parler en portugais. Vraiment, sans autre. Je trouve ça hyper…

Ma phrase est restée en suspens. Mes joues ont commencé à chauffer. J’ai baissé les yeux sur mon pantalon. Beige. Confortable. Du coton. Acheté dans une petite boutique que les étudiants écolo dans mon genre aiment fréquenter.

Il a attendu, patient. 

Quand j’ai à nouveau posé mes yeux sur l’écran de mon téléphone, un sourire espiègle s’était dessiné sur son visage, n’arrangeant rien au brasier qui s’était emparé du mien. Ce sourire, il me donnait envie de glisser mes doigts sur ses lèvres, de…

— Hyper quoi ?

— Hyper… sexy.

Évoquer mes désirs par email, ça ne me posait aucun problème. Je pouvais remplir des pages et des pages, lui décrire ce que j’avais envie de lui faire… et ce que j’avais envie qu’il me fasse. C’était même devenu un petit jeu très excitant au cours des semaines précédentes. Nonobstant, en direct par visio, je n’en menais vraiment pas large… Pourtant, j’avais juste prononcé le mot “sexy”. Rien de très indécent.

— Et moi, je te trouve vraiment adorable quand tu rougis.

À SUIVRE

L’appartement, une petite fiction en plusieurs épisodes.
© 2026, Marie Veuthey

En application de l’art. L.137-2.-I. du code de la propriété intellectuelle, toute reproduction et/ou divulgation de parties de l’oeuvre dépassant le volume prévu par la loi est expressément interdite.

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