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L’appartement – Partie 5

Des minuscules poussières dansaient dans les rayons de soleil qui tombaient obliquement sur le lit défait et vide.

De la cuisine me parvenaient le bruit de la cafetière italienne et des effluves de café chaud.

J’ai enfilé mon sous-vêtement et mon pantalon, qui avaient eu le temps de sécher pendant la nuit, ai cherché mon t-shirt, l’ai retrouvé roulé en boule au pied du lit, puis j’ai pris la direction de la salle de bain, les yeux encore un peu collés.

Je connaissais bien l’appartement, pour y avoir vécu plusieurs années, et c’était très étrange d’y évoluer alors que je n’y étais plus chez moi et qu’aucun de mes anciens coloc n’était présent.

De la porte de la cuisine, j’ai observé quelques instants l’homme avec qui j’avais passé la nuit. Assis à la table, il feuilletait un magazine tout en buvant son café. Lorsqu’il a levé les yeux de sa page et pris conscience de ma présence immobile, il m’a adressé un sourire — de ceux qui font adorablement plisser le coin des yeux — et fait signe de le rejoindre.

— Il y a des croissants et du café.

J’ai pris place en face de lui, un peu gauchement. Ma gorge était si nouée que j’avais bien de la peine à avaler mon déjeuner.

Alors que tout avait semblé si simple et naturel dans le calme de la nuit et la tiédeur des draps, ce matin, dépiautant du bout des doigts mon croissant, je ne savais plus que faire de ma personne.

Nous sommes restés en silence, éclusant nos cafés dans une atmosphère gênée. Puis il s’est levé, a lavé sa tasse dans l’évier avant de la déposer sur l’égouttoir en bois. J’ai regardé les gouttes tomber sur la surface en inox.

Je n’avais aucune envie de quitter l’appartement. De le quitter lui. De rentrer chez moi. 

Mais il fallait que j’y aille. Et plus j’attendrais, plus ce serait difficile.

J’ai traversé la cuisine, attrapé mon sac qui gisait dans l’entrée et, alors que je m’apprêtais à ouvrir la porte, il a saisi mon poignet, m’attirant tout contre lui dans une douce étreinte.

Il a déposé un baiser sur ma tempe.

— J’ai beaucoup aimé ce qu’on a partagé cette nuit, m’a-t-il murmuré tout en caressant mes cheveux.

— Moi aussi, ai-je répondu, la voix étranglée par des sanglots que je tentais tant bien que mal de retenir.

— Ne sois pas triste, s’il te plaît. Je ne peux rien te promettre avec certitude, mais je vais revenir bientôt. Et puis, on s’écrit.

Bientôt. Ça voulait tout dire et ne rien dire à la fois. 

Bientôt. Ça pouvait aussi bien être le mois prochain, Noël, ou dans deux ans.

Bientôt. Comment allais-je pouvoir vivre avec cette absence floue, entre espoir et désillusion ?

Comment pouvais-je ne pas être triste ?

Bien sûr qu’on allait s’écrire. Mais ça ne changeait rien au fait qu’il me manquait déjà.

— Prends soin de toi, a-t-il ajouté en me serrant plus fort contre lui.

Je sentais des larmes perler à mes paupières, mais je ne voulais pas pleurer en sa présence, alors qu’on venait de partager quelque chose de très beau dont je chérirais longtemps le souvenir comme un précieux trésor.

J’ai quitté le doux cocon de ses bras, un peu plus brusquement que je l’aurais voulu, j’ai ouvert la porte et j’ai dévalé les quatre étages d’escaliers sans me retourner. 

Ce n’est qu’une fois dans la rue que j’ai laissé mes larmes couler.

Le trottoir était tout flou et j’ai marché jusque chez moi comme un automate.

J’ai tourné la clé dans la serrure. L’appartement était vide.

Et dans ma poitrine, il y avait comme un grand trou.

À SUIVRE

L’appartement, une petite fiction en plusieurs épisodes.
© 2026, Marie Veuthey

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