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L’appartement – Partie 3

Le lit était grand. La nuit, fraîche et paisible.

Mais je ne dormais pas. Je n’arrivais pas à trouver le sommeil. Les yeux fermés, je l’écoutais respirer. 

Lui non plus ne dormait pas. Sa respiration trop rapide et superficielle ne trompait pas. Et sans doute m’écoutait-il aussi respirer, tout aussi conscient que moi que nous étions tous les deux éveillés, dans l’attente d’un quelque chose qui n’arrivait pas.

Il y avait beaucoup, beaucoup trop de tension, dans cet espace ridicule qui nous séparait. 

J’ai avancé ma main de quelques centimètres dans sa direction, cherchant sa main à lui, mais je n’ai rencontré sous mes doigts que le tissu du drap-housse. 

Il n’a pas bougé. 

Mes doigts sont restés en suspens, à la fois trop loin et trop près, comme ces aimants qui s’attirent et se repoussent à chaque infime variation de direction qu’on leur impose.

Je me repassais en boucle nos conversations et nos interactions de la soirée, sans pour autant réussir à comprendre clairement ses intentions. Pour une raison qui m’échappait, je me sentais incapable de lui poser simplement la question.

Dis-moi, de quoi as-tu envie ?

En ce qui me concernait, les choses étaient claires.

Depuis quatre mois, j’avais accès à son cerveau, à son monde intérieur. Maintenant, c’était son corps que je voulais.

J’avais envie qu’il me prenne dans ses bras, qu’il m’embrasse, mais la seule pensée de formuler — même dans un murmure au creux de son oreille — ce désir me terrifiait. La relation épistolaire que nous avions tissée au fil des mois m’était si précieuse que je me liquéfiais de trouille à l’idée qu’une tentative de rapprochement physique de ma part puisse modifier l’équilibre qui existait entre nous.

Mais j’étais bien trop fébrile pour me contenter de passer sagement la nuit si proche de ce corps que le mien désirait.

Millimètre après millimètre, mes doigts, douloureusement tendus vers le pôle magnétique de son corps vibrant, ont repris leur chemin le long du drap, tandis que les battements de mon cœur affolé me semblaient résonner dans toute la chambre. 

Puis, au terme d’une interminable traversée, ma main a rencontré la sienne.

Le bout de mes doigts contre sa peau, j’ai attendu, retenant ma respiration. Quelques secondes suspendues durant lesquelles j’ai contemplé tous les scénarios susceptibles de mettre un terme à mon supplice. 

Allait-il retirer sa main et se retourner sur le côté, en faisant semblant que tout cela n’avait pas existé ? Ressentait-il que je n’étais rien de moins qu’un volcan en ébullition, au seuil de l’éruption ?

Doucement, il a glissé ses doigts entre les miens et lorsqu’il a emprisonné ma main dans sa main chaude, j’ai enfin à nouveau respiré.

J’ai alors ouvert les yeux sur sa silhouette qui se découpait sur le rectangle de la porte-fenêtre, derrière laquelle la ville ne s’éteignait jamais tout à fait, et, malgré la pénombre, je distinguais assez clairement les traits de son visage pour comprendre qu’il me regardait aussi.

À SUIVRE

L’appartement, une petite fiction en plusieurs épisodes.
© 2026, Marie Veuthey

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