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L’appartement – Partie 2

Mon regard s’est perdu dans le lointain, quelque part au-dessus des toits des immeubles sur lesquels ricochaient de grosses gouttes comme autant de petits miroirs reflétant les lumières des éclairages publics. 

Sa question me prenait au dépourvu. 

C’était la première fois que l’on se revoyait depuis notre toute première rencontre, quatre mois plus tôt, et je ne saisissais pas vraiment s’il se souciait juste de ne pas me laisser rentrer chez moi à pied sous la pluie, ou s’il avait envie de prolonger ces instants passés en ma compagnie.

Je m’étais fait une tout autre image de lui avant de le rencontrer la première fois.

— Un de mes amis vient souper, avait annoncé mon coloc.

Et j’avais aussitôt visualisé un mec en costard, économiste, cheveux courts et petites lunettes sans monture, qui parlerait du cours du Dow Jones tandis que je bâillerais entre deux bouchées de risotto.

Sans imaginer une seule seconde que l’attirance serait immédiate. Foudroyante, même. 

Ses traits fins, son visage bien dessiné, son teint hâlé, sa barbe de quelques jours et ses cheveux longs relevés en chignon : tout chez lui me séduisait. 

Mais ce sont surtout ses yeux qui souriaient qui, lorsque j’avais croisé son regard pétillant, m’avaient fait chavirer. 

Le monde soudain s’était renversé.

Je mentirais si je disais n’avoir jamais eu envie de faire toutes sortes de choses indécentes avec lui, si dans mes rêves je ne l’avais jamais déshabillé, si je n’avais jamais fantasmé son corps contre le mien, mais nos conversations ne s’étaient aucunement aventurées sur ce chemin-là, malgré les nombreux emails pourtant très intimes que nous avions échangés depuis.

Après un long silence qui n’avait pour autant rien d’inconfortable, j’ai accepté sa proposition sans trop d’arrière-pensées et nous nous sommes glissés sous les couvertures, chacun de son côté du lit, à une distance tout à fait raisonnable l’un de l’autre. Il a pudiquement ôté son jean, conservant néanmoins son t-shirt noir bien ajusté, sous lequel je devinais ses pectoraux musclés, tandis que je décidais de garder son paréo, seul bout de tissu qui couvrait mes fesses, même si le confort laissait à désirer.

La porte du balcon était restée entrouverte et le bruit de la pluie nous parvenait par vagues comme un rythme hypnotisant. La sirène d’une ambulance s’est soudain élevée, troublant la quiétude de la nuit de son alarme stridente, avant de s’estomper, puis disparaître.

— Bonne nuit, a-t-il murmuré.

— Bonne nuit, ai-je chuchoté en retour.

À SUIVRE

L’appartement, une petite fiction en plusieurs épisodes.
© 2026, Marie Veuthey

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